01. L'histoire du Père Noël



Dans un monde qui, aujourd’hui, a perdu bon nombre de ses croyances, subsiste le culte du vieux monsieur à barbe blanche, incarnation de la sagesse, de la joie et de la bonté.
 
Ses origines remontent très probablement aux origines de l’humanité et aux premières offrandes faites aux dieux pour avoir leur aide et leur protection. Puis vinrent les dieux donateurs de la mythologie païenne, les saints chrétiens et les personnages magiques des croyances populaires…
 
 

Ses ancêtres
 
On retrouve les principaux ancêtres du Père Noël :

1) dans la mythologie païenne primitive avec le dieu bienfaiteur Herne (ou Cernunnos). Il portait un sac qu'il vidait en signe d'abondance. Il était dispensateur de richesse et favorisait la fécondité.
  
 2) dans la mythologie païenne occidentale d’il y a environ 3000 ans avec les dieux donateurs
 
* Odin (appelé aussi Wotan) vénéré en Scandinavie : Il vit dans le royaume d’Asgard et possède un cheval à 8 pattes nommé Sleipnir. Il est toujours entouré de 2 loups appelés Heïki et Freïki. Il était principalement fêté autour du 21 décembre et le peuple lui faisait de nombreuses offrandes. On offrait aussi à son cheval des bottes de foin. La particularité d’Odin est qu’il envoie régulièrement sur terre des corbeaux pour surveiller la conduite de son peuple. Ensuite, muni de ses renseignements il peut distribuer des cadeaux aux enfants sages au moment du solstice d’hiver. La légende de la chasse sauvage lui est rattachée. Au cours de cette chasse nocturne, il se déplace en char volant (sans doute l’ancêtre du traîneau) accompagné de cavaliers spectraux. Cette chasse représente la mort d’un cycle et le démarrage d’un nouveau. Soit le passage à une année nouvelle.

* Mikoula vénéré en Russie : Il était le dieu des moissons mais il était aussi présent en fin d’année pour récompenser les enfants sages
 
* Gargan chez les Celtes : Géant avec un très gros ventre il était réputé pour donner des cadeaux aux enfants sages au moment du solstice d’hiver.
 
* Strénia et Saturne vénérés à Rome en Italie : Lors des « saturnales » (grandes fêtes romaines dédiées au dieu de l’agriculture Saturne), les normes sociales étaient chamboulées pour la durée du mois de décembre. On appelait ce temps « les libertés de décembre » ou « libertas decembris ». Au cours de ces fêtes, pour garder la santé, on honorait la déesse Strénia dont le nom signifie « présage ». Les Romains s’offraient des présents en son nom duquel est d’ailleurs tiré le mot « étrennes ». Il est à noter que les Saturnales donneront au moyen âge, en France, « la fête des fous ».
 
Note : Le don du Père Noël de résister au feu pourrait avoir été transmis par Zeus le fils de Saturne.

 


Tous ces dieux étaient célébrés vers la fin décembre, au moment du solstice d’hiver afin de fêter la renaissance du jour, période qui deviendra par la suite : Noël. Voir les détails ici
 
 

3) dans le folklore des différents pays au travers des personnages magiques des croyances populaires tels que

* La Befana en Italie : Vieille femme/sorcière, elle est généreuse et donne des cadeaux le 6 janvier pour l’épiphanie.
 
* Le Bonhomme Hiver ou Père Janvier en France (appelé Jack Frost aux USA) : En France il est représenté comme un vieux bonhomme qui personnifie la saison hivernale.
 
* Tante Arie en France : Personnage mi-fée mi-sorcière ayant des pattes d’oiseau et des dents de fer et qui, autrefois, apportait des cadeaux aux enfants sages dans quelques régions de France.

* Le Jultomte (Suède) et le Julenisse avec son bouc le Julbock (en Norvège) : En Scandinavie, le Père Noël prend les traits de lutins. Le Julenisse ou Nisse se déplace à dos de bouc et délivre des cadeaux aux enfants en passant par la porte car il n’apprécie guère la cheminée. Au passage, il mange le bol de porridge préparé juste pour lui.
 
* Frau Holle en Allemagne : est un personnage (vieille dame) des contes des frères Grimm et c’est elle qui fait tomber la neige sur terre en secouant les édredons des nombreux lits de sa maison.
 
* Babouchka en Russie : Vieille dame qui ramasse du bois dans la forêt et qui croise les rois mages qui lui proposent de venir avec eux adorer l’enfant Jésus. La vieille dame refuse car elle a du travail mais regrette bien vite et se met à leur recherche. Et c’est ce personnage personnifiant l’errance qui apportait les cadeaux aux petits enfants russes.

* Father Christmas en Angleterre : Habillé de vert et portant une couronne de houx, il est probablement inspiré d’une figure druidique. Il était autrefois appelé « Sir Christmas » ou « Old winter » et était l’annonciateur du retour du prochain printemps. On le retrouve régulièrement à l’époque victorienne (1837 à 1901) notamment dans les écrits de Charles Dickens.




4) et dans le monde Chrétien au travers

* des Rois Mages : Rois venus adorer Jésus le 6 janvier soit quelques jours après sa naissance. Ils auraient été guidés par une étoile annonciatrice de la naissance d’un messie. Ils sont porteurs de cadeaux : Gaspard représentant l’Asie apporte l’encens, Melchior représentant l’Europe apporte l’or et Balthazar représentant l’Afrique apporte la myrrhe. Ce sont les 1ers donateurs de la religion chrétienne. Une légende dit qu’il existerait un 4ème roi mage : à lire ici 

* L’enfant Jésus ou Christkindel (parfois représenté par une jeune femme vêtue de blanc). L’empereur chrétien Constantin, vers 325, fixe la date de naissance de Jésus au 25 décembre. C’est un choix politique qui a pour but d’éradiquer les cultes païens. Lorsque, à la réforme protestante (vers 1520) les saints tels que St Nicolas étaient mal vus, c’est le petit Jésus lui même qui devint distributeur de cadeaux.
Remarque : C’est le Christkindel qui inspira le second nom du Père Noël américain : Kris Kringle.
 
* Les Anges : Ils prêtaient main forte à l’enfant Jésus en distribuant les cadeaux par les cheminées.
 
* Sainte Lucie : Très fêtée en Suède, elle symbolise la lumière (renaissance du jour). Elle est la grande patronne des enfants et leur apporte des cadeaux.
 
* L’évêque Saint Nicolas. Ce dernier est le plus important des ancêtres du Père Noël. Son histoire à lire ici  

Au cours des 3 premiers siècles de notre ère, la religion chrétienne naissante était en compétition avec le culte du Dieu Mithra originaire de Perse. Dans ce culte, le 25 décembre était fêté le « Sol invictus » (Soleil invaincu). Cette renaissance du soleil était représentée par un nouveau-né. Au IVème siècle de notre ère, lorsque la religion Chrétienne prit le dessus, grâce à l’empereur Constantin et au pape Liberius, le sol invictus fut remplacé par la naissance de Jésus.

 

 
Sa naissance "officielle" aux USA le 24 décembre 1822

Au moyen âge, St Nicolas (Sint Niklaas ou Sinter Klaas)


gâtait les enfants sages hollandais, le jour de sa fête, le 6 décembre. Vers 1520, le réformateur protestant Allemand Martin Luther voulut éradiquer les Saints (très ancrés dans la culture européenne) afin de concentrer le culte sur l’enfant Jésus. C’est à ce moment qu’apparut le Christskindel, c’est à dire l’enfant Jésus apportant des cadeaux pour remplacer St Nicolas. Le culte de St Nicolas s’amenuisa peu à peu mais resta vivace en Hollande. Alors, embarquant avec les premiers émigrants vers le nouveau monde, il devint, en Amérique, Santa Claus.


Dans la tradition européenne, Saint Nicolas montait sur les toits pour faire descendre les cadeaux par la cheminée. Sa légende fut enjolivée en 1809 par l’écrivain américain Washington Irving.

 
Il évoqua pour la 1ère fois la façon dont il se déplaçait dans les airs dans sa fiction satirique intitulée « Knickerbocker’s history of New York ». Puis, fut publié en 1821 un poème intitulé « The children’s friend » et resté anonyme où l’auteur parle pour la 1ère fois d’un traîneau tiré par un renne. Enfin, le 24 décembre 1822, le pasteur New-Yorkais Clement Clarke Moore



écrivit un poème pour ses enfants qu’il intitula «A visit from St Nicholas» et mieux connu sous le nom de «The night before Christmas» à lire ici
Il fit basculer la date de visite de St Nicolas du 6 au 24 décembre et décrivit ce dernier comme un vieux lutin rondouillard et jovial ayant perdu ses attributs épiscopaux, passant par les cheminées pour distribuer des cadeaux et se déplaçant grâce à un traîneau tiré par 8 rennes volants. Voir leurs noms ici 
 
 

Ce poème paraîtra l’année suivante (en décembre 1823) dans une gazette de New York et obtiendra un large succès. La population non croyante de l’époque va alors s’emparer de ce personnage pour en faire «son» personnage laïc de Noël.
 
Et c’est ce personnage laïc qui revient en Europe en passant par la Hollande et sera rebaptisé «Père Noël», en France. Il se développera essentiellement après la seconde guerre mondiale lorsque les Etats-Unis, apportant Santa Claus et leur culture, viendront aider à reconstruire l’Europe. En 1946, la chanson « Petit Papa Noël » de Tino Rossi donnera un très fort engouement pour le personnage.
 
Le Père Noël, Father Christmas ou Santa Claus serait donc largement inspiré de St Nicolas qui sous le ciel Américain perdit sa crosse, sa mitre, son âne et ses croquemitaines (Père Fouettard)… Il se déchristianisa… L’évêque mourut en même temps que sa fête et ressuscita sous une apparence bien païenne le soir de Noël.
 
En conclusion, le Père Noël est une synthèse de tous ces dieux et personnages évoqués ci-dessus.

Remarque : Il existe une controverse concernant le poème « The night before Christmas ». Officiellement c’est Clement Clarke Moore qui en est l’auteur mais on se demande aujourd’hui s’il n’aurait pas été écrit par Henry Livingston, un lointain cousin de l’épouse de Moore…




Ses premières représentations modernes
 

Thomas Nast, immigré d’origine Bavaroise, est un célèbre caricaturiste Américain et le dessinateur attitré du journal « Harper’s weekly ». Vers 1860, il fait les premières représentations modernes du Père Noël, directement inspirées du poème de Clement Clarke Moore et ressemblant au grand-père bavarois de son enfance. Il le représente de petite taille à la façon d’un gnome et le popularise en tunique rouge, bottes noires et portant un baluchon. En 1885, il invente la maison du Père Noël au pôle nord dans une illustration représentant 2 enfants repérant sur une carte le trajet depuis le pôle.


 

En 1886 l’écrivain Américain George P Webster reprend l’idée de Thomas Nast et installe la fabrique de jouets au milieu de la glace et de la neige du pôle nord.
 
Vers le début du 20ème siècle la mitre de St Nicolas devient un bonnet et la crosse devient un sucre d’orge géant.

 

La hotte semble être typiquement française. Au départ, ce n’est pas un objet des plus sympathiques : en effet, elle était utilisée par le « Père Fouettard » pour emmener avec lui et punir les enfants récalcitrants. Lorsque St Nicolas s’est transformé en Père Noël laïc, la hotte est devenue le mode de transport des cadeaux.
La hotte peut-être considérée comme une corne d’abondance. Elle se remplit à volonté. La légende raconte que Zeus emprunta à la chèvre Amalthée (qui était sa nourrice) une de ses cornes devenue ensuite la corne d’abondance.



 
Le Père Noël d'une célèbre marque de soda
 
Dans les années 1930 jusqu’à 1960 une firme, dont vous aurez aisément deviné le nom, a largement contribué à populariser le Père Noël dans le monde entier grâce aux publicités créées par le talentueux dessinateur Haddon Sundblom (1899 -1976). Contrairement à Thomas Nast, Haddon Sundblom donne une taille humaine au Père Noël. Il n’est plus représenté comme un lutin ou un gnome mais comme un bon vieux grand-père. On peut donc dire que si cette firme n’a pas inventé ni le personnage, ni sa couleur, elle a au moins le mérite de l’avoir popularisé sous sa forme actuelle dans le monde entier.

 
 

 
Pourquoi le Père Noël est vêtu de rouge ?

Voici une théorie : St Nicolas était un évêque et portait donc une tunique violette. Au-dessus de l’évêque, il y a le cardinal. Le Père Noël porterait donc du rouge pour se trouver hiérarchiquement au-dessus de St Nicolas. C’est, en quelque sorte, une façon de le détrôner !

Traditionnellement, la couleur rouge est considérée comme sacrée et magique. Elle représente à la fois la vie et la mort. C’est aussi le symbole d’une fonction royale. Pourrait-on dire que le Père Noël est un roi ?

 
La fin d'une croyance... un rite de passage...

On peut penser que la fin de la croyance s'apparente à un rite de passage. C'est le 1er pas de l'enfance vers l'âge adulte.
 

La mise à mort du Père Noël en 1951
 
En France, en 1951, dans la ville de Dijon, l’Église qui n’appréciait guère le Père Noël, récemment importé des USA, eut l’idée de le faire « exécuter ».Les enfants de la paroisse furent rassemblés sous le porche d’une église ou un Père Noël de papier et chiffon fut brûlé tel un roi de carnaval. Le but de cette mise à mort sur le bûcher était de faire comprendre aux enfants que Noël était fait pour célébrer la naissance de Jésus et que le Père Noël était un mythe païen n’ayant rien de commun avec cette fête.Ceci provoqua un tel scandale (faisant la « une » des journaux nationaux) que dès le lendemain, les élus de Dijon durent s’excuser auprès de la population en faisant réapparaitre le Père Noël sur le toit de la mairie.

De ce fait, le Père Noël a été confirmé dans son origine païenne.

Photo parue dans les journaux de l’époque :


Suite à cette "mise à mort", Claude Levi-Strauss, le célèbre ethnologue (1908-2009) écrira : "L'église n'a certainement pas tort quand elle dénonce, dans la croyance du Père Noël, le bastion le plus solide, et l'un des foyers les plus actifs du paganisme chez l'homme moderne. Reste à savoir si l'homme moderne ne peut pas défendre lui aussi ses droits d'être païen".
 

Le Père Noël de George Sand
 
Le Père Noël américain "Santa Claus" fait ses 1ères apparitions en France vers 1897 et n'est vraiment popularisé qu'après la seconde guerre mondiale. Malgré cela, dès 1856, l'écrivaine française George Sand parle du Père Noël de son enfance vers 1810. Voici ce qu'elle écrit :

 

 
« Ce que je me rappelle parfaitement, c’est la croyance absolue que j’avais à la descente par le tuyau de la cheminée du petit père Noël, bon vieillard à barbe blanche qui, à l’heure de minuit, devait venir déposer dans mon petit soulier un cadeau que j’y trouverais à mon réveil. Minuit ! cette heure fantastique que les enfants ne connaissent point, et qu’on leur montre comme le terme impossible de leur veillée ! Quels efforts incroyables je faisais pour ne pas m’endormir avant l’apparition du petit vieux ! J’avais à la fois grande envie et grand peur de le voir ; mais jamais je ne pouvais me tenir éveillée jusque-là, et le lendemain mon premier regard était pour mon soulier au bord de l’âtre. Quelle émotion me causait l’enveloppe de papier blanc ! car le père Noël était d’une propreté extrême, et ne manquait jamais d’empaqueter soigneusement son offrande. Je courais, pieds nus, m’emparer de mon trésor. Ce n’était jamais un don bien magnifique, car nous n’étions pas riches. C’était un petit gâteau, une orange, ou tout simplement une belle pomme rouge. Mais cela me semblait si précieux, que j’osais à peine le manger. L’imagination jouait encore là son rôle, et c’est toute la vie de l’enfant. Je n’approuve pas du tout Rousseau de vouloir supprimer le merveilleux, sous prétexte de mensonge. La raison et l’incrédulité viennent bien assez vite, et d’elles-mêmes ; je me rappelle fort bien la première année où le doute m’est venu, sur l’existence réelle du père Noël. J’avais cinq ou six ans, et il me sembla que ce devait être ma mère qui mettait le gâteau dans mon soulier. Aussi me parut-il moins beau et moins bon que les autres fois, et j’éprouvais une sorte de regret de ne pouvoir plus croire au petit homme à barbe blanche. J’ai vu mon fils y croire plus longtemps ; les garçons sont plus simples que les petites filles. Comme moi, il faisait de grands efforts pour veiller jusqu’à minuit. Comme moi, il n’y réussissait point, et comme moi, il trouvait au jour le gâteau merveilleux pétri dans les cuisines du paradis. Mais pour lui aussi la première année où il douta fut la dernière de la visite du bonhomme. Il faut servir aux enfants les mets qui conviennent à leur âge et ne rien devancer. Tant qu’ils ont besoin de merveilleux, il faut leur en donner. Quand ils commencent à s’en dégoûter, il faut bien se garder de prolonger l’erreur et d’entraver le progrès naturel de leur raison. »

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